Erstein et l'Europe
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Il était une fois  « uf de Niedermühlinsel »

L'Europe ! Le monde agricole connaît...

L'Europe de Bruxelles, la PAC lui laissent souvent un goût amer... II y a ceux qui se sentent grugés par ses arbitraires, les nostalgiques d'un autre temps, d'une manière de faire et de produire «à l'ancienne» et il y a ceux, plus résignés, peut-être plus sages qui font avec, pensant que le soleil brille toujours après l'orage....

L'Europe ! Pourtant un rêve généreux ! une volonté du tous ensemble, à l'image des étoiles de sa grande bannière bleue.

«Accroche ta vie à une étoile » dit le poète, tu verras loin, ton regard sera toujours porté vers le haut.. C'est une invitation au dépassement, un appel au meilleur de soi-même. Une devise pour chacun d'entre nous.. Mais qu'est-ce que l'Europe, sa bannière bleue étoilée viennent faire dans notre livre sur les «Hofname» d'Erstein ?

Ceci est une merveilleuse histoire, que petit garçon, je ne me lassais pas d'écouter, qui me faisait rêver. Elle m'était contée par mon cousin Arsène quand il venait passer quelques jours «t'heim, es Kinigundes hof».

Tous les vieux Ersteinois connaissent les Kinigunde ! Pour les non habitués, c'est la ferme Andrès, 3 île du Moulin. La cour de cette ferme a résonné de nombreux babils et jeux d'enfants, qui devenus grands ont emprunté des chemins différents. Mon arrière grand-père avait une vision bien établie concernant l'avenir de sa nombreuse progéniture : l'aîné sera à la terre, le second à l'Eglise, le troisième fera des études et les filles auront à être de bonnes épouses et mères de famille, de préférence avec un bon parti.

Mon grand-père Martin Andrès «de Marte», l'aîné, isch der Bür gseh. Il a donc repris la ferme, attaché qu'il était au terroir, et aux valeurs des racines. Après son mariage, il s'installe au 14, rue des Bergers, im Niedere Flacke.

Le second Ferdinand Andrès, chausse les sandales des frères convers et entre chez les Franciscains. Il est devenu Frère Pascal, en famille on l'appelait der «Nandele». J'aimais sa bure brune, son grand chapelet accroché à sa ceinture, et ses yeux pétillants de malice et d'humour.

Victor, selon la volonté paternelle a quitté très tôt le giron familial pour s'installer «à l'intérieur», devenir un vrai français, alors que nous autres, nous nous débattions avec les méandres du Kulturkampf et applaudissions les brefs passages du Kaiser Wilhelm à Osthouse et en Alsace. Vous l'avez compris, nous sommes avant 1914.

Dans cette relative quiétude prussienne, l'une des filles, Marie, convole en justes noces et s'installe à Huttenheim. Elle a donné le jour à 3 enfants dont l'un, né en 1908, se prénomme Arsène. Arsène ne reste pas en Alsace ; il rejoint son oncle Victor à Rouen et à ses côtés se familiarise avec la langue française. Etudiant durant l'entre-deux-guerres, il s'inscrit et fréquente l'école des Beaux Arts.

Mais déjà s'élèvent d'autres voix : le son du canon et le bruit des bottes couvrent l'embellie de "36" et les conquêtes sociales. La France et l'Alsace se retrouvent dans le tourbillon meurtrier du second conflit mondial. Arsène quitte ses toiles et ses pinceaux et s'engage volontairement dans l'armée française. Prisonnier lors du désastre de Dunkerque, il s'évade, entre dans le réseau «Agir», rejoint la 1ère armée de De Lattre, et participe à la libé- ration de notre province.

Après la guerre, Arsène devient garde mobile, puis revient en Alsace. Il entre dans la gendarmerie nationale et s'établit à Strasbourg. Son destin se lie à celui de la construction de la paix et de la réconciliation entre les vainqueurs et les vaincus. Au service d'un monde plus libre et plus juste, l'idée d'unité euro- péenne se concrétise et conduit à la création du Conseil de l'Europe, puis à l'Union Européenne.

En février 1951, Arsène entre au Conseil de l'Europe et travaille au service du courrier sous les compétences de Monsieur Paul Lévy. Un matin, Monsieur Lévy vient le voir et lui dit «Ecoutez, il y a un drapeau européen dans l'air. Essayez de me donner un projet». Un drapeau pour l'Europe ?

C'est-à-dire un emblème reconnu par tous les peuples, toutes les cultures, toutes les religions... Un emblème rassembleur qui puisse être reçu par chacun dans l'entier et profond respect de sa croyance et de sa différence...? C'est là, que sa voix devenait grave, presque religieuse quand il me disait : «Tu sais Mannele, c'est là que j'ai revu devant mes yeux la médaille de la rue du Bac, celle que la Vierge a donnée à Catherine Labouré. Je connaissais bien cette représentation. Elle était sur le « Herrgottswinckel » à la maison.

La Femme couronnée d'étoiles, celle de l'Apocalypse. 12 étoiles formant un cercle. J'aimais cet ordre. Non pas un semis d'étoiles comme le drapeau américain, mais un cercle évoquant la figure géométrique parfaite. Les pointes des étoiles ne se touchent pas, elles se regardent et évoluent dans un espace de liberté. 12, le symbole de la perfection et de la plénitude. Et je me suis dit : ne serais-ce pas un merveilleux symbole ? J'avais trouvé l'inspiration dans ma foi, ma dévotion à la Vierge Marie, celle dans laquelle j'ai grandi, celle de ma famille, de mes ancêtres.

On avait toujours invoqué cette «Reine de la Paix» à la maison et je pensais qu'elle était la parfaite garante et protectrice  de  cette paix  fragile  qui  prenait naissance dans notre Europe meurtrie. Et je me suis dit : n'en parle pas... garde cela pour toi... Il ne faut pas récupérer ni indisposer personne, mais j'ai dessiné mon carré bleu et mes étoiles sans autre forme d'explications. J'ai donné mon projet. Il fut retenu entre beaucoup d'autres. Depuis, ce drapeau flotte partout où les hommes ont cette volonté de cons- truire un avenir de paix ensemble».

Je repense souvent à ce que m'a dit le Cousin Arsène. Il est décédé depuis.

Il est vrai que depuis Bruxelles, Luxembourg, Strasbourg, en passant par toutes les capitales européennes et mondiales, dans les grands rassemblements sportifs comme dans les camps de réfugiés aux côtés de celui de la Croix Rouge, partout où les hommes se veulent artisans de paix et créateurs d'avenir, ces étoiles d'or sur fond d'azur flottent haut dans le ciel, et nous invitent à élever notre regard et à apporter notre pierre à cette construction de la paix.

Chaque «Hofname» a son secret, sa part de légende et de mystère. Ils sont dépositaires de traditions, de secrets de famille, solidement et jalousement gardés derrière les lourds portails de bois, hermétiquement fermés.

L'histoire véridique que je vous ai contée est l'une de celle que l'on murmure le soir, dans la «Stub», quand on est bien entre soi, une de celle qui remplit vos yeux et vos cœur de rêves et réveille tant d'étoiles de possibles et de générosités en vous...

«Le BOTT» A. BINGERT

En l'An de grâce 2000

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