L’ANNEE 1893 ANNEE DE L'ELECTRICITE
1893, à n'en pas douter, est une date capitale dans le dévelop-
Dès 1888, les ateliers de la filature étaient dotés de ce nouveau système d'éclairage, l’énergie était fournie par une locomobile alimentant une dynamo, avant le rattachement au réseau et la construction d'une centrale autonome dans l'ancien moulin de la "Mittelmühle" (mitoyen du Koschthüs).
En 1887 déjà, les entrepreneurs ersteinois M. Muller et E. Wittenburg font des propositions très concrètes au Conseil municipal concernant l'implantation et l'exploitation d'un réseau d'éclairage électrique dans les artères de la ville (coût : 1 700 marks par an). Ces propositions, jugées prématurées, sont rejetées par le conseil (séance du 4 janvier 1888).
Cinq ans à peine plus tard, le projet revient devant les élus. Une commission, présidée par le conseiller Goettelmann, avait, après de longues discussions et tractations avec le promoteur, élaboré un contrat en 17 articles, précisant dans les moindres détails les devoirs et les obligations des contractants.
Ce projet présenté au Conseil municipal par le maire E. Hildt, est approuvé à l'unanimité le 5 mars 1893 (dépenses annuelles prévisibles : 2 000 Marks) et définitivement adopté après quelques rectifications par les autorités départementales impériales (Kaiserlisches Bezirksamt) le 2 juin 1893. Le contrat entre la ville et les entrepreneurs est signé le 22 janvier 1894.
Mais il faudra attendre la fin de la première guerre mondiale pour que l'électricité s'installe dans tous les foyers. Néanmoins, l'engouement pour ce nouveau système d'éclairage s'avéra d'emblée très grand, surtout chez les commerçants et les industriels.
Il n'est pas sans intérêt d'évoquer ici les clauses les plus impor-
Article 1 : La municipalité d'Erstein charge les entrepreneurs Muller et Wittenburg d'installer l’éclairage public dans les rues et sur les places de la ville ; durée de la concession : 20 ans.
Article 2 : La mise en service sera effective le 1er octobre 1893. En cas de retard une indemnité de 10 marks par jour sera exigée et la ville continuera à être éclairée par les lampes à pétrole.
Article 3 : Les entrepreneurs s'engagent à installer 100 lampes d'une puissance totale de 1.600 bougies normales. Dans les locaux de la Mairie et de l'hôpital, les lampes auront une intensité totale de 200 bougies.
(Il n'y a pas d'article 4 et 5)
Article 6 : Les entrepreneurs s'engagent à exécuter les travaux d'après les techniques les plus modernes et à entretenir les installations en parfait état de marche.
Article 8 : En cas de panne, les entrepreneurs assureront l’éclairage à leurs propres frais, à l'aide des lampes à pétrole.
Pour toute interruption, ils sont astreints à payer une indemnité... Les nuits de pleine lune l'éclairage sera interrompu.
Article 9 : Seules des conditions climatiques exceptionnelles (sécheresse, orages, crues, gel, etc...) dégagent les entrepreneurs de leurs obligations.
Article 10 : Les quinze premières années, la commune paiera une somme de 22 marks par lampe et par an et les années suivantes 21 marks.
Article 11 : Dans la mesure où l’énergie produite est suffisante, les promoteurs sont autorisés à raccorder des particuliers sur le réseau.
Article 12 : Tant que les entrepreneurs sont en mesure d'assurer le bon fonctionnement de 130 lampes au total, aucune autre concession ne sera accordée par la commune.
(Il n'y pas d'article 13)
Article 14 : En cas de mise en vente des installations et de la concession, la commune bénéficiera du droit de préemption.
Si la sucrerie, qui venait de s'installer, produira sa propre énergie électrique, la capacité de production des deux petites centrales installées dans les moulins de la "Niedermühle" et de la "Oelmühle" (moulin à huile) devint avec la création de la Retorderie (Briehlyfabrik : 200 ouvrières) rapidement insuffi-
Ainsi fut construite, sur l'Ill en 1906, la nouvelle centrale, telle que nous la connaissons encore aujourd'hui. Tributaire des débits, très irréguliers de l'Ill (sécheresse en été, crues à la fonte des neiges), il fallut, après 1909, adjoindre une centrale thermique (avec une cheminée de 30 m de haut ; le tout détruit en 1920).
L'exploitation de la concession étant devenue peu rentable, sinon déficitaire (contrat très désavantageux avec la filature), les entrepreneurs se décidèrent à vendre leur exploitation.
Faisant valoir ses droits de préemption, le Conseil municipal, sur proposition du Maire Jean-
Ainsi naquit la régie municipale d'électricité qui devint plus tard, après la création de l'adduction d'eau, Usines Municipales de Régie d'Eau et d'Electricité.
Malgré les vicissitudes de l'Histoire, les Usines Municipales, grâce à la lucidité des conseillers municipaux, la valeur des directeurs, la qualité des agents, ont toujours été un établissement performant, au service de leurs abonnés.
L'énergie produite par notre centrale devenant de plus en plus insuffisante la régie municipale achète l'électricité nécessaire à l'Electricité de Strasbourg, mais elle garde la fourniture exclusive du courant électrique, non seulement dans la ville, mais également dans les communes rattachées à la régie : Krautergersheim, Nordhouse, Hindisheim, Meistratzheim, Uttenheim, Bolsenheim, Schaeffersheim, Niedernai et Limersheim.
Bien entendu, l'installation en 1893, de l'éclairage public, n'a pas résolu tous les problèmes liés au développement de la ville et les conseils municipaux qui se sont succédé ont toujours eu pas mal de pain sur la planche.
Dans cette même séance, le Conseil décida la construction de la centrale thermique. L'acte notarié est signé le 23 septembre 1909 en l'étude de Me Erbes à Erstein.