Mairie Erstein 67150

L’HÔTEL DE VILLE D’ERSTEIN

Auteur : Vincent HUSSER

Publié par la S.H.Q.C.

dans le tome 25

En 2006, dans le cadre des Journées du Patrimoine, la Ville d’Erstein a commémoré le 80e anniversaire de l’inauguration de l’actuel hôtel de ville. Cette manifestation a été ponctuée d’une exposition rappelant les circonstances de cette construction.

Les recherches consécutives à l’élaboration de cette exposition ont été l’occasion de retracer l’histoire de cet édifice public et de redécouvrir les aménagements qui l’ont précédé.

Caractéristiques du site

L’hôtel de ville d’Erstein ainsi que sa place, élément indisso- ciable du bâtiment lui-même, se situent à la limite Est de la terrasse de loess et forment avec une hauteur de 155 m, l'un des points les plus élevés de la commune, raison pour laquelle celle-ci est également surnommée “Platz-Bari” (1).

Cet ensemble, situé dans le quartier le plus ancien d’Erstein appelé « Oberflecken », constitue le cœur de l’agglomération.

Par ailleurs, il est à noter que l’hôtel de ville s’élève (en partie) sur l’ancienne abbaye Sainte-Cécile fondée au IXe siècle, première institution importante établie de manière durable, qui constitue le noyau autour duquel la ville actuelle s’est développée et où vont se concentrer, peu à peu, l’essentiel des fonctions urbaines :

- administratives, religieuses, économiques et sociales (2).

Elément incontournable de ce site, la place est depuis le Moyen Âge intimement liée à la vie de la cité. Lieu de rassemblement et espace de représentation, elle accueille toutes sortes de manifes- tations : fêtes populaires, cérémonies officielles et parades militaires (voir photos page suivante) comme en témoigne son ancienne dénomination de “Place d’Armes”.

Quant au marché hebdomadaire, établi depuis le XVIe siècle, il lui confère sa dimension économique. Enfin, elle peut également être le théâtre de démonstrations à caractère plus politique.

              (1) “Place de la Montagne.”                        (2) F.-J. Himly, Atlas des villes médiévales d’Alsace, Strasbourg, 1970, p. 68-69.

Prémices de l’urbanisme moderne, le réaménagement de la place et la construction d’un nouvel hôtel de ville au XIXe siècle

A partir de la fin du XVIIIe siècle, les nouvelles conceptions concernant l’aménagement de l’espace urbain (théorisées en Italie dès le XVIe siècle) sont introduites à Erstein. Si le réaménagement de la place obéit en premier lieu à des considérations d’ordre militaire comme le montre le plan d’alignement de 1785, on y trouve quelques principes de base de l’urbanisme moderne, dont celui de la perspective linéaire qui s’oppose aux rues étroites et sinueuses de l’époque médiévale.

Ces travaux de réaménagement vont alors se poursuivre pendant toute la première moitié du XIXe siècle et seront ponctués par la construction d’un nouvel hôtel de ville (1843-1844) (en remplacement de l’ancienne “Maison de Ville”, datée de la fin du XVIe siècle, qui se trouvait à l’angle de l’actuelle rue Abry).

La Révolution française ayant fait de la commune une institu- tion politique et administrative de base, il convient donc de donner à l’hôtel de ville, siège du nouveau pouvoir communal, une place nouvelle et centrale dans la cité. C’est ainsi que le nouvel édifice conçu par Antoine Ringeisen, construit entre 1842 et 1844, se dresse désormais au bout d’une perspective dite monumentale.

La nouvelle dimension acquise par le pouvoir communal se traduit également par sa représentation dans l’espace public dont il constitue un élément fort, comme en témoigne le programme de construction du 14 avril 1838.

“L’ancienne maison commune de la ville d’Erstein étant dans un état de vétusté tel, qu ’elle menace ruine, sa distribution et son alignement surtout n 'étant point en harmonie avec son importance, on propose sa démolition, pour en construire une nouvelle sur une place publique, et en partie sur l’emplacement d’un ancien corps de garde [...] pour donner tout l’emplacement nécessaire à l’extension du nouveau projet.

La nouvelle maison commune bâtie au fond de la place, présenterait sa face principale sur la rue des marchands, rue la plus fréquentée de la ville, et se trouverait démasquée par la démolition de l’ancienne mairie qui se trouve en saillie de 4 mètres sur l’alignement de la rue, conduisant à la place” .

L’hôtel de ville actuel

Dès le début du XXe siècle, le bâtiment de l’hôtel de ville de 1844 s’avère vétuste, inadapté aux nouveaux besoins et surtout trop étroit. Une première réflexion, interrompue par la guerre de 1914-1918, est entamée au sein de la municipalité à ce sujet. A partir de 1920, l’idée d’engager des travaux de rénovation et d’agrandissement, qui avait été retenue dans un premier temps, est écartée au profit d’une nouvelle construction.

Le projet est confié à Gustave Weigend, architecte à Barr, puis soumis pour avis à l’architecte du gouvernement, Lucien Cromback. Dans ses conclusions, celui-ci aborde la question de la représen- tation symbolique et esthétique du nouvel édifice.

D’autre part le bâtiment actuel est très vilain. Il ne gagnera guère beaucoup par la transformation projetée. L’extérieur sera mieux, mais le bâtiment n ’aura pas le caractère représentatif qui convient à un Hôtel de ville pour une commune de cette importance [...] j’estime qu ’il est préférable de remplacer le bâtiment actuel par une nouvelle construction plus solide et plus satisfaisante au point de vue esthétique ”.

Lors de la séance du 27 février 1924, le conseil municipal approuve le projet définitif du nouvel hôtel de ville présenté par l’architecte G. Weigend. Le coût de la construction s’élève à 500 000 F, le financement est assuré conjointement par la Ville d’Erstein à hauteur de 400 000 F (avec emprunt de 350 000 F) et par la Caisse d’Epargne d’Erstein  en temps que copropriétaire à hauteur de 100 000 F.

Le 21 juillet, les bureaux de l’administration communale sont transférés pendant toute la durée des travaux dans les bâtiments de la Mittelschule. L’ancien hôtel de ville est démoli au cours du mois d’août tandis que les matériaux réemployables sont mis en vente par adjudication sur la place. Le 16 novembre 1924, une cérémonie marque officiellement la pose de la première pierre.

Il paraît évident que la construction d’un nouvel hôtel de ville s’attache de considérations symboliques : siège du pouvoir com- munal, son style architectural se doit également de refléter les valeurs dont il se réclame, en l’occurrence, ici, celles de la France et de la République. En ce sens, l’édifice cherche à s’inscrire dans cet héritage national avec lequel il tente de renouer après près de cinquante ans de séparation.

La façade principale est rythmée par ses nombreuses et grandes ouvertures (enchaînement régulier de fenêtres et portes) donnant sur la place, traduisant l’idée de clarté et d’ouverture. Elément d’élévation, le perron forme un socle sur lequel vient se poser un portail d’aspect massif, constitué de piliers en grès, conférant à l’ensemble une impression de force et de stabilité.

L’aménagement intérieur participe du caractère solennel du lieu, il s’articule autour d’un hall central doté de deux colonnes donnant sur l’escalier ; celui-ci, constitué d’un seuil avec verrière (accroissant ainsi l’effet de profondeur), débouche, à l’étage, sur la salle du conseil, cœur du pouvoir communal.

La cérémonie officielle d’inauguration a lieu le dimanche 10 octobre 1926 en présence des représentants de l’Etat : Charles Borromée, préfet, et Charles Hoerter, sous-préfet de l’arrondisse- ment d’Erstein. Après la visite des locaux, le maire Jean Philippe Kornmann invite le conseil municipal à se réunir pour l’occasion dans le cadre d’une séance extraordinaire.

Tout en se félicitant de la fonctionnalité et de la modernité du nouvel édifice, la séance se déroule sur fond de rappel des particu larismes alsaciens et d’une manifestation patriotique comme en témoigne le vote de la motion : “Le conseil municipal d’Erstein proclame hautement son amour à la Patrie et son attachement inaliénable à la France. ”

Conçu non seulement pour accueillir les services municipaux, l’hôtel de ville accueillait également : des bains publics au sous-sol ; la caisse d’épargne (en tant que co-propriétaire du bâtiment), le crédit municipal et la police municipale.

 Dès la fin des années 1960, l’hôtel de ville va connaître toute une série de transformations : fermeture des bains municipaux, rénovations intérieures et extérieures, réagencement intérieur, l’ancienne salle du conseil devenant la salle des mariages, la salle des adjudications devenant celle du conseil, travaux d’agrandisse- ments au début des années 1980 avec petit hall supplémentaire, WC publics, aménagement du sous-sol et des combles et rénovation des bureaux au cours des années 1990-2000.

Si l’hôtel de ville reste le siège de l’administration communale, pour des raisons de place, l’ensemble de ses services n’y réside plus, plusieurs autres sites abritent désormais les différents services communaux : outre la piscine, la bibliothèque, le centre technique, et bien d’autres encore. Depuis 2003, l’ancienne sous- préfecture est occupée par les services techniques, le service animation culture et le service école éducation.

Composée de sept services dans les années 1950, la mairie est aujourd’hui organisée en quatorze services. Cette évolution est essentiellement due aux nouvelles compétences acquises par la commune suite aux lois de décentralisation, à partir du début des années 1980, mais aussi due à la croissance urbaine et à l’évolution des modes de vie et des attentes de la population d’Erstein à partir des années 1970.

Premier relais de la démocratie de par la proximité de ses élus, la commune a acquis au fil du temps un rôle essentiel au sein de la vie quotidienne des habitants, rôle amené sans nul doute à évoluer encore dans le futur.

Sources                                                               

Archives municipales de la Ville d’Erstein.

Archives départementales du Bas-Rhin.

Bibliothèque humaniste de Sélestat.

Source documentaire

Service Régional de l’Inventaire.

Bibliographie

R. Friedel, Erstein, geschickte des Klosters und der Stadt, Gittinger, Erstein, 1927.

J.-F. Himly, Atlas des villes médiévales d’Alsace, Berger- Levrault, Strasbourg, 1970.

Du point de vue stylistique, le nouvel hôtel de ville tire son influence du néo-classicisme français : composition symétrique avec dominante de lignes horizontales, équilibre des volumes, sobriété de l’ensemble.

Le nouvel hôtel de ville Août 2015 Diaporama  (avance automatique/manuelle par clic sur les imagettes) vers la portail "Erstein67" Portail du site

ILLUSTRATION : plan de l’aménagement des rues autour de l’hôtel de ville en 1844, lien : plan général